Lanterns

Oubliez les collants et les lasers : quand HBO et Damon Lindelof transforment deux flics de l'espace en polar poisseux, ça donne juste la meilleure série de l'année.

Lanterns
Lanterns

Bonjour,

On ne va pas se mentir : le genre super-héroïque ces dernières années, ça frisait l'encéphalogramme plat. Entre les fonds verts qui piquent les yeux chez Marvel et les blockbusters calibrés au millimètre par des comités de direction terrifiés, j'avais un peu baissé les bras. Et puis arrive le premier épisode de Lanterns sur HBO. Dès les premières minutes, je me prends une baffe. Le découpage, le rythme, cette façon si particulière de poser la caméra et de cadrer les plans... ça me disait furieusement quelque chose. Une impression tenace de déjà-vu, mais dans le très, très haut du panier. Arrive le générique de fin, je jette un œil aux crédits : Damon Lindelof. AHHHHH OKIIIII ! Tout s'explique.

Damon Lindelof, pour moi, c'est l'homme derrière Watchmen en 2019, qui est tout simplement la deuxième meilleure série de l'histoire juste derrière la première saison de Westworld (oui, je maintiens mon classement). C'est aussi le créateur de The Leftovers, ce monument d'angoisse existentielle avec ses fumeurs en blanc et ses mystères insolubles, le co-créateur de Lost (qui a un peu vieilli d'accord, mais quel démarrage !), et plus récemment l'auteur du complètement barré Mrs. Davis en 2023. Bref, un mec qui a des idées. De vraies idées. Pas des algorithmes déguisés en scénario. Et dans le marasme actuel des séries télévisées, retrouver un auteur qui sait raconter une histoire, ça fait un bien fou.

Parce que ce que Lindelof a compris, et que 90 % des showrunners actuels semblent avoir totalement oublié, c'est la mécanique du rendez-vous hebdomadaire. Ici, zéro épisode de remplissage. Aucun « filler » pour étirer artificiellement la sauce sur huit épisodes. Chaque chapitre est un jalon indispensable où il se passe réellement quelque chose. Ça commence d'ailleurs très fort : les dix premières minutes de la série vous balancent cash la situation finale. Du coup, tout l'intérêt consiste à comprendre comment diable on a pu en arriver là. Et quand vous pensez avoir capté la trajectoire, la série vous balade avec un talent insolent.

Prenez l'épisode 5, par exemple. À ce stade, vous avez l'impression nette que la boucle est bouclée, que l'enquête principale est pliée et que la saison pourrait s'arrêter là. Et bah pas du tout ! Derrière, ça repart sur une dynamique totalement réinventée, une nouvelle couche de mystère qui vient s'emboîter au millimètre dans l'avant-dernier et le dernier épisode. Et même dans ce grand final, alors que j'étais calé dans mon canapé à me dire « c'est bon, j'ai tout pigé », Lindelof réussit encore à me prendre à contre-pied. Le mec est un maître absolu du suspense, capable de vous tenir en haleine sans jamais vous prendre pour un imbécile.

L'ambiance poisseuse du Nebraska : bien loin des blockbusters numériques (HBO / DC Studios)

Côté réalisation, c'est la très grande classe. C'est magnifiquement filmé, avec un soin accordé aux couleurs et aux compositions de plans qui force le respect. On n'est pas devant une bouillie grisâtre éclairée aux néons numériques : il y a une vraie patte visuelle, une texture, une lumière qui sert le récit. Et pour porter tout ça, le duo d'acteurs est juste impeccable. Kyle Chandler en Hal Jordan usé jusqu'à la corde et Aaron Pierre en John Stewart forment une alchimie parfaite à l'écran. Ça joue juste, ça ne surjoue jamais, et le face-à-face psychologique fonctionne du tonnerre.

Une alchimie parfaite entre vétéran désabusé et jeune recrue (HBO / DC Studios

Surtout, ne vous attendez pas à voir des mecs en collants fluo qui font exploser des buildings pendant quarante-cinq minutes. Ce n'est absolument pas le propos, et ce n'est de toute façon pas ce que sait faire Lindelof. Lanterns est un polar psychologique noir, poisseux, tendu, où l'action existe mais ne sert jamais de cache-misère. Exactement comme dans Watchmen, la tension naît des personnages, de leurs silences et de la conspiration qui s'épaissit, pas du bruit des pétards.

Alors, tout est parfait ? Presque. Il y a bien une sous-intrigue qui disparaît complètement des radars passé le quatrième ou cinquième épisode, sans qu'on ait la moindre réponse. C'est assez curieux sur le moment, mais ça laisse une belle porte ouverte pour la suite. Et l'énorme soulagement, c'est que cette première saison propose une vraie fin solide et satisfaisante. Pas un cliffhanger grossier qui vous laisse en plan : l'arc de la saison est bouclé proprement, tout en donnant une envie furieuse de voir une saison 2.

Pour moi, c'est plié : Lanterns est tout simplement la meilleure série de l'année. Je ne vois strictement rien d'autre qui arrive à ce niveau d'écriture et de maîtrise en 2026. Si vous cherchiez une raison de reprendre un abonnement ou de passer une excellente semaine devant votre écran, elle est toute trouvée.

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